Un cheval peut très bien recevoir de l’enrubanné comme fourrage principal, mais seulement si la balle est saine, bien conservée et adaptée à ses besoins. Je détaille ici les avantages et les limites de ce fourrage humide, les quantités à distribuer, la transition depuis le foin et les contrôles indispensables avant de le proposer à un poney ou à un cheval.
Les repères essentiels pour nourrir son cheval avec de l’enrubanné
- Fourrage humide obtenu par fermentation d’une herbe préfanée et protégée de l’air.
- Pour un cheval de 500 kg, compter souvent autour de 12,5 kg par jour si l’enrubanné contient 60 % de matière sèche.
- Prévoir une transition progressive d’environ 15 jours après une ration basée sur le foin.
- Refuser toute balle présentant une odeur anormale, des moisissures ou un plastique perforé.
- Une analyse du fourrage est particulièrement utile pour les poneys en surpoids ou sensibles aux sucres.
Ce que l’enrubanné change dans la ration du cheval
L’enrubanné est une herbe coupée, préfanée pendant un à deux jours, puis pressée et enveloppée dans un film plastique étanche. L’absence d’air permet une fermentation naturelle qui stabilise le fourrage. On parle donc d’un fourrage conservé humide, différent du foin qui repose surtout sur un séchage poussé.
Un bon produit est souvent appétent, souple et peu poussiéreux. C’est un vrai avantage pour les chevaux qui toussent avec un foin poussiéreux, mais cela ne transforme pas toutes les balles en aliment idéal. La valeur nutritionnelle dépend du stade de récolte, de la composition de la prairie et du taux de matière sèche.
La matière sèche correspond à ce qui reste une fois l’eau retirée du fourrage. Deux kilos de produits peuvent donc apporter des quantités très différentes de nutriments selon qu’ils contiennent 50 %, 60 % ou 70 % de matière sèche. C’est cette donnée, et non le poids brut seul, qui permet de raisonner correctement la ration.
Un fourrage parfois riche
Récolté tôt, l’enrubanné peut fournir beaucoup d’énergie et de protéines. Les valeurs observées peuvent se situer autour de 0,6 à 0,8 UFC par kilogramme de matière sèche, avec des variations importantes selon la parcelle. Pour un poney rustique, cette richesse peut devenir un inconvénient plutôt qu’un bénéfice.
Je me méfie particulièrement des balles très feuillues, odorantes et faciles à manger lorsque le cheval est déjà en état. Elles sont souvent excellentes sur le plan agronomique, mais peuvent pousser un poney à consommer trop d’énergie. Dans ce cas, le choix du fourrage doit s’accompagner d’un contrôle du poids et de la note d’état corporel.
Comment reconnaître une balle réellement saine
La qualité sanitaire passe avant la couleur ou l’appétence. Une balle correcte doit avoir un emballage intact, propre et bien plaqué, sans trou, déchirure ni zone gonflée. Le plastique protège la fermentation seulement s’il reste hermétique.
À l’ouverture, l’odeur doit être agréable, végétale et légèrement acidulée. Une odeur de putréfaction, de beurre rance, d’ammoniaque ou d’alcool très marqué doit faire renoncer à la distribution. La présence de zones visqueuses, sombres ou moisies est également un signal d’alerte.
Les risques à ne pas minimiser
Une mauvaise fermentation peut favoriser le développement de micro-organismes indésirables et provoquer des troubles digestifs. Le risque augmente lorsque la récolte a incorporé de la terre, du crottin, de la boue ou un petit cadavre d’animal. Cette contamination peut notamment exposer les chevaux au risque de botulisme, rare mais extrêmement grave.
Je ne conseille pas de se contenter de retirer une poignée douteuse pour distribuer le reste d’une balle fortement altérée. Si l’odeur est anormale, si la moisissure s’étend ou si le film a été perforé pendant le stockage, le choix le plus prudent est de ne pas donner la balle. Une économie de fourrage ne justifie pas de prendre un risque sanitaire.
Le stockage compte autant que la récolte
Les balles doivent être posées sur une surface propre, stable et drainante, à l’écart des objets qui pourraient percer le film. Il faut surveiller les dégâts causés par les rongeurs, les oiseaux ou les outils de manutention. Une balle endommagée doit être isolée et contrôlée avant toute utilisation.
Quelle quantité distribuer à un cheval
La ration de base se calcule d’abord en matière sèche. Un cheval adulte reçoit généralement au moins 1,5 % de son poids vif en matière sèche par jour, sauf situation particulière comme un programme d’amaigrissement suivi avec un professionnel.
| Poids du cheval | Matière sèche minimale à 1,5 % | Enrubanné à 60 % de matière sèche |
|---|---|---|
| 300 kg | 4,5 kg | Environ 7,5 kg |
| 400 kg | 6 kg | Environ 10 kg |
| 500 kg | 7,5 kg | Environ 12,5 kg |
| 600 kg | 9 kg | Environ 15 kg |
Ces chiffres sont des repères, pas une ordonnance. Si l’enrubanné contient seulement 50 % de matière sèche, il faudra davantage de kilos bruts pour fournir la même quantité de nutriments. À l’inverse, une balle plus sèche à 70 % demandera une quantité pesée plus faible.
Pour les chevaux au travail, les poulinières, les jeunes en croissance ou les animaux âgés, l’enrubanné peut couvrir une grande partie des besoins. Un aliment minéral vitaminé reste toutefois souvent nécessaire, car un fourrage seul ne garantit pas toujours les apports en minéraux et oligo-éléments.
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Le cas des poneys faciles à maintenir
Chez un poney rond, peu actif ou sujet à la fourbure, je ne distribuerais pas un enrubanné riche sans analyse. Il faut connaître au minimum sa teneur en énergie, en protéines et en sucres solubles. Une ration limitée en quantité mais très concentrée peut entretenir le surpoids au lieu de le corriger.
Le poids réel de la ration doit aussi être vérifié avec un peson ou une balance. À l’œil, une petite portion d’enrubanné paraît souvent légère, alors qu’elle contient beaucoup d’eau et peut représenter une quantité importante une fois répétée plusieurs fois dans la journée.
Réussir le passage du foin à l’enrubanné
Le changement doit se faire lentement pour laisser au microbiote intestinal le temps de s’adapter. Une transition sur une quinzaine de jours est un bon repère, en augmentant progressivement la part d’enrubanné tout en réduisant celle du foin.
- Pendant les premiers jours, mélanger une petite quantité d’enrubanné à la ration habituelle.
- Augmenter progressivement la proportion tous les trois ou quatre jours.
- Surveiller les crottins, l’appétit, l’abreuvement et le comportement.
- Ralentir ou revenir à l’étape précédente si les crottins deviennent mous ou si l’appétit change.
Je préfère distribuer plusieurs repas plutôt qu’une grosse quantité en une seule fois. Cela respecte mieux le fonctionnement digestif du cheval et limite les longues périodes sans fourrage. Un filet à petites mailles peut aussi ralentir la prise alimentaire, à condition d’être utilisé sans créer de frustration excessive.
Après ouverture, la balle doit être consommée rapidement. Dans de bonnes conditions, il est généralement recommandé de l’utiliser dans les cinq jours, en la gardant propre, à l’ombre et à l’abri de la chaleur. Plus la température monte, plus la reprise des fermentations devient problématique.
Foin ou enrubanné selon le profil du cheval
Le foin reste souvent le choix le plus simple pour une petite structure ou un seul poney, car il se stocke et se distribue plus facilement après ouverture. L’enrubanné devient intéressant lorsque la météo rend le séchage difficile, lorsque la poussière pose problème ou lorsque l’on dispose d’un nombre suffisant de chevaux pour consommer les balles rapidement.
| Critère | Foin | Enrubanné |
|---|---|---|
| Humidité | Faible, autour de 85 % de matière sèche | Plus élevée, souvent autour de 50 à 70 % de matière sèche |
| Poussière | Variable selon la récolte et le stockage | Souvent faible si la balle est saine |
| Conservation après ouverture | Relativement facile | Rapide, généralement quelques jours |
| Risque principal | Poussière et moisissures liées à l’humidité | Mauvaise fermentation ou contamination de la balle |
| Point de vigilance | Qualité sanitaire et teneur en sucres | Matière sèche, acidité, hygiène et valeur énergétique |
Pour un cheval qui tousse avec du foin mais qui garde un poids stable, un enrubanné bien contrôlé peut être une bonne solution. Pour un poney obèse, je privilégierais plutôt le fourrage le moins riche après analyse, avec une ration pesée et un suivi régulier de l’état corporel.
Il n’existe donc pas de gagnant universel. La meilleure option dépend du cheval, du fourrage disponible, de la vitesse de consommation et des conditions de stockage. La qualité réelle de la balle compte davantage que son étiquette commerciale.
Le contrôle simple que je recommande avant chaque distribution
Avant de donner une nouvelle balle, je prends quelques minutes pour vérifier le film, l’odeur, l’aspect du fourrage et l’absence de corps étrangers. Je regarde aussi si les chevaux ont gardé des crottins normaux et un appétit régulier depuis l’introduction.
- Film intact avant l’ouverture.
- Odeur saine, sans note de pourriture ou d’ammoniaque.
- Aucune moisissure, zone gluante ou coloration suspecte.
- Ration pesée plutôt qu’estimée au volume.
- Analyse recommandée pour les poneys en surpoids, les chevaux sensibles aux sucres ou les rations très riches.
L’enrubanné peut être un excellent fourrage pour les chevaux et les poneys, à condition de le traiter comme un aliment technique et non comme un simple foin emballé. Une balle propre, une transition lente, une quantité calculée et une surveillance quotidienne font toute la différence entre une solution pratique et une source de problèmes digestifs.
